Entrevue FT : Patti Miller

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Patti Miller. Photo by Will Lew for Faith Today.
Patti Miller. Photo par Will Lew pour Faith Today.

Patti Miller est pasteure principale récemment nommée à l’église Evangel Pentecostal Church de Montréal (www.evangel.qc.ca), la plus importante congrégation de langue anglaise au Québec. La signature de l’église est : Inside Out Church: Do good. Love each other. Reveal Jesus. [Une église entière : Faites le bien. Aimez-vous les uns les autres. Révélez Jésus.] C’est le thème principal de Patti depuis plusieurs années, elle qui a fait du ministère dans le secteur Jane-Finch du centre-ville de Toronto, ainsi qu’à Hamilton et maintenant, à Montréal. Elle a accordé une entrevue au magazine Faith Today sur les erreurs courantes commises dans le ministère urbain, les différences qu’elle voit à Montréal et les raisons pour lesquelles l’Église canadienne doit trouver « la plénitude de son cœur ».

Faith Today : Vous avez fait du ministère au centre-ville de Toronto, à Hamilton et depuis peu, vous êtes installée à Montréal. Dites-nous ce que vous avez appris au sujet du ministère urbain au Canada aujourd’hui.

Patti Miller : Je dirais que c’est désordonné. Les églises élaborent des programmes qui ne fonctionnent pas pour tout le monde. Beaucoup de gens qui vivent en ville et qui fréquentent une église urbaine sont en marge de la société, pour toutes sortes de raisons. Les programmes réguliers ne leur conviennent pas. Ils tombent un peu dans l’oubli et cela demande plus d’engagement. Vous devez quand même vous occuper des personnes, même si elles se trouvent dans des foules.

FT : Hamilton s’est acquise une certaine réputation pour ses églises qui travaillent ensemble. Comment voyez-vous cela opérer dans différents contextes ?

PM : On peut faire mieux. Oui, oui, oui. Je crois que nous devons vraiment passer des églises qui se font concurrence à des églises qui collaborent entre elles. Mais je dirais que cette collaboration doit reposer davantage sur les relations et être moins formelle. Ce n’est pas ce que j’ai vécu à Hamilton, car les églises savaient comment se réunir seulement pour faire une croisade ou tenir un événement ensemble. Ça tournait autour de la planification. Il y avait moins d’amitié, moins de « honorons-nous les uns les autres » et moins de pasteurs partageant des repas.

La plus grosse église tend alors à établir l’agenda. Il est important de s’honorer l’un l’autre sur le plan relationnel. Ici, à Montréal, nous avons une nouvelle église qui a récemment ouvert ses portes de l’autre côté de la rue, trois semaines après mon arrivée. Notre sentiment était : « Mince ! Qu’est-ce que nous allons faire ? » Mon mari et moi avons décidé de les inviter à dîner. Nous savions que des gens iraient et viendraient entre les églises. Nous avons dit : « Le Royaume de Dieu nous met ici ensemble ».

FT : Pouvez-vous élaborer… les sentiments humains de compétition et la réalité des Chrétiens mécontents allant d’un endroit à l’autre ?

PM : C’est tout à fait vrai. Nous avons fait le tour de la question avec les pasteurs d’en face. Je pense qu’il y a des raisons de s’inquiéter. Vous savez bien qu’on vous fera de la concurrence si vous êtes établi quelque part et une nouvelle église débarque à côté. J’estime important pour toutes les églises − et pour les implantateurs d’églises qui arrivent dans un nouvel endroit − de faire l’effort supplémentaire de rendre honneur aux gens qui sont déjà sur place, essayant de servir et œuvrant durant des décennies.

Ils ne sont peut-être pas les meilleurs en ville, mais ils sèment sans relâche depuis des années. En même temps, ce qui pourrait aider à réduire le sentiment de compétition est une identité et une vision propres à chaque église.

Avant mon arrivée à Evangel, ils venaient tout juste de terminer un projet de rénovation. Il y avait un peu de : « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Nous avons travaillé très vite pour [dire] : « C’est la direction que nous allons prendre. C’est là que nous allons. » Parce que le sens de l’identité ici aidera à ce va-et-vient. Et eux [l’autre église], savent véritablement qui ils sont. Alors, au lieu de s’inquiéter des gens de l’autre côté de la rue, concentrons-nous sur notre propre identité. Et quand ils ont ouvert leurs portes en face, j’ai fait une grande annonce. « Nous devons les bénir. » La génération Y s’intéresse bien plus à la collaboration qu’à la compétition. La génération du baby-boom tend à être un peu plus compétitive. Si une église veut demeurer pertinente, elle doit reconnaître cet état de fait.

FT : En travaillant dans les centres urbains, avez-vous vu des erreurs maladroites commises à répétition ? Qu’est-ce qu’il faut éviter ?

PM : Les Chrétiens qui viennent dans une église urbaine peuvent faire l’erreur de penser qu’ils sont les premiers à constater un besoin et qu’il y a une solution facile. Ils croient peut-être qu’il est facile d’expliquer pourquoi les gens sont dans une situation donnée. Il n’y a qu’à les délivrer de leur dépendance, les guérir de leur maladie mentale, etc. C’est en général bien plus compliqué que ça. Ce sont de vraies personnes avec une histoire et je ne suis pas sûre qu’ils sont prêts à les écouter. Ils veulent seulement résoudre l’étiquette.

FT : Vous avez déménagé de Hamilton à Montréal, qui semblent être deux villes et deux cultures distinctes renvoyant des images très différentes du Canada. Comment voyez-vous cela ?

PM : Environ un mois après mon arrivée, j’ai réalisé que tout ce que connaissais sur le Québec, c’était le débat politique et le débat sur la langue qui s’ensuivait. À part cela, je pensais que c’était comme dans le reste du Canada. J’ai compris à quel point c’était insensé.

J’ai commencé à regarder certaines statistiques et le moins de trois pourcent d’évangéliques dans la province. J’ai commencé à parler à d’autres pasteurs, qui se sont montrés très accueillants. J’ai commencé à remarquer le nombre de fois où les gens me disaient : « Merci d’être venue au Québec ». On ne m’avait jamais remerciée avant d’être venue quelque part. D’autres pasteurs me téléphonent. Je suis allée souper plus souvent à Montréal que je ne l’ai fait à Hamilton.

Je pense que la meilleure description que j’ai trouvée est que les Ontariens s’ennuient à l’église, mais ils savent encore ce qu’elle est. Au Québec, l’église n’est même pas sur le radar, à moins d’être catholique, et vous avez le phénomène amour/haine. Ils résistent, mais c’est la seule église [qu’ils connaissent]. L’évangélisme est perçu comme une secte étrange. Les Chrétiens cherchent à se connecter parce qu’ils ne rencontrent d’autres Chrétiens que rarement. Quel champ missionnaire !

FT : Parlez-nous de l’ennui en Ontario.

PM : Je suis persuadée que ce doit être la faute de l’Église. Qui d’autre pourrait être responsable ? J’aime l’Église. Je suis pasteure dans l’Église. Si nous ennuyons les gens, alors nous manquons le bateau. Jésus n’est pas ennuyant. Nous nous trompons quelque part.

FT : Parlez-nous des services qui sont ennuyants à l’église ? Parce que des membres de la génération Y demandent souvent en ligne aux églises d’arrêter de les divertir.

PM : Parfois, on essaie encore de donner un spectacle, ce qui était la norme dans les années 1980 et 1990, mais ça n’a plus d’importance aujourd’hui. On ne peut pas faire de spectacles meilleurs que les autres. Il faut trouver l’authenticité, la plénitude du cœur. C’est très important pour la génération Y.

Quand j’étais à Hamilton, beaucoup de gens avaient fréquenté l’église pendant leur enfance mais n’étaient plus intéressés. L’église n’a plus d’importance pour eux, car elle a perdu sa pertinence. Tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, nous avons peut-être perdu notre capacité de retenir leur attention. Il semble que nous sommes une institution qui continue à répéter des programmes.

FT : Avez-vous rencontré des défis particuliers comme femme pasteur ?

PM : J’ai été très chanceuse. J’ai eu d’excellents mentors dans de très bons cadres de travail. J’ai eu plus de chance que beaucoup des femmes que j’ai côtoyées à l’école. L’une des plus grandes leçons que j’ai dû apprendre est que les femmes et les hommes tendent à socialiser de façon légèrement différente. J’ai dû modifier un peu certaines choses que je faisais pour que ma voix soit entendue et pour faire davantage partie du groupe avec les pasteurs. J’ai appris à m’affirmer un peu plus, à parler avec des faits plutôt que des émotions. Il y avait différentes choses comme ça qui m’aidaient à entrer dans une conversation dont je croyais être exclue. Maintenant que j’y repense, je n’étais peut-être pas exclue après tout. Je ne savais tout simplement pas comment m’inclure moi-même.

FT : Qu’espérez-vous pour l’Église canadienne ? Que craignez-vous ?

PM : Ma crainte, c’est que nos décisions et nos actions futures soient fondées sur la peur, qu’il n’y aura pas assez d’argent et que le gouvernement va nous persécuter. La peur n’est pas biblique. Continuer dans cette direction ne pourra que nous nuire. J’espère que l’Église canadienne apprendra à converser avec le monde où nous vivons et cherchera des moyens de rejoindre les gens, parce que ce sont des gens que Jésus aime. Il ne s’agit pas de programmes ou d’étiquettes. Ce sont les gens. Sortons des murs et trouvons les gens.

FT : Merci, Patti.

Note : Traduction par François Godbout (Traductions Intersect Translations). Lire la version originale en anglais de cet article à www.faithtoday.ca/PattiMiller.

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